La majorité des coliques néphrétiques surviennent chez les hommes âgés de 40 à 60 ans. Comment faire face à la crise et éviter son retour.

Cette douleur, qu’on décrit comme une brûlure, une déchirure ou une sensation d’étau du côté du rein touché, irradie souvent jusqu’aux organes génitaux.
Aucune position ne soulage, on arpente la pièce, l’angoisse monte. On reconnaît ce supplice dès la deuxième crise. D’autres signes confirment le diagnostic : besoin d’uriner fréquent (surtout si le calcul approche la vessie), nausées, vomissements, voire constipation réflexe liée au blocage.
Voici les points abordés pour comprendre et agir face à la colique néphrétique :
- Un facteur de risque : la chaleur
- Différents types de calculs
- Ce qu’il faut éviter pendant la crise
- Comment favoriser l’élimination
- Traitements rapides
- L’importance du ressenti de la douleur
Un facteur de risque : la chaleur
Si la crise reste une urgence médicale, l’hospitalisation d’emblée n’est justifiée que dans quatre situations précises :
- Présence de fièvre en plus de la douleur, signe possible de rétention d’urine infectée, avec risque de septicémie ;
- Personne n’ayant qu’un seul rein, pour éviter une défaillance aiguë ;
- Douleur trop intense, résistante aux traitements habituels ;
- Doute diagnostique du médecin (certaines coliques rénales rappellent une sigmoïdite, une appendicite, etc.).
La lithiase urinaire n’épargne pas la population : près de deux Français sur dix entre 30 et 50 ans en feront l’expérience. Dans 3 à 10 % des cas, le terrain familial pèse. Mais le mode de vie compte aussi. Ainsi, des personnes originaires d’Afrique ou d’Asie, peu concernées dans leur pays d’origine, développent des calculs en changeant d’alimentation et en adoptant le régime occidental. En Europe, les épisodes de colique néphrétique augmentent avec la hausse des températures.
En cause : une hydratation insuffisante, qui explique la fréquence des crises chez ceux qui travaillent dans des environnements chauds (marins, cuisiniers, ouvriers de fonderie) et se déshydratent rapidement.
Dans la moitié des cas seulement, la cause exacte est identifiée. Mais l’alimentation déséquilibrée arrive en tête : excès de calcium (plus de 2 g/jour), oxalate de calcium (plus d’un litre de thé, de jus de fruits industriels ou de café par jour, ou plus de deux tablettes de chocolat), purines (protéines en trop grande quantité), ou vitamine D. Une anomalie anatomique peut aussi favoriser la stagnation de l’urine, prédisposant aux infections et à la formation de calculs. Les infections urinaires jalonnent d’ailleurs le parcours de beaucoup de patients souffrant de coliques néphrétiques. Parfois, la crise révèle une maladie sous-jacente : excès de calcium ou d’acide urique dans le sang (hyperparathyroïdie, cystinurie, xanthinurie, hyperoxalurie, hyperuricémie).
Certains médicaments mal éliminés par l’organisme peuvent aussi provoquer ces calculs : sulfamides, certains antidouleurs comme la glafénine, ou des diurétiques comme le triamtérène.
Différents calculs
Dans huit cas sur dix, il s’agit de calculs d’oxalate de calcium : petits, radio-opaques, leur surface rappelle celle d’un oursin. On rencontre aussi des lithiases à base de phosphate de calcium ou de phosphate ammoniaco-magnésien, plus fréquentes chez les femmes.
Les calculs d’acide urique, eux, restent rares : l’excès d’acide urique dans le sang (hyperuricémie) provoque plus souvent des crises de goutte que des coliques néphrétiques. L’hyperuricémie touche surtout les hommes, et s’associe à un régime alimentaire trop riche. Mais toutes les douleurs rénales aiguës ne sont pas dues à un calcul : parfois, ce sont des caillots sanguins ou la chute de cellules rénales mortes (nécrose papillaire, par exemple dans la drépanocytose) qui obstruent les voies.
Cas exceptionnel : une intervention chirurgicale pelvienne malheureuse, avec un canal comprimé lors d’une reconstruction du péritoine, peut aussi provoquer une crise. Les causes directes et indirectes sont donc multiples ; elles peuvent même s’additionner, augmentant le risque de cristallisation.
Et puis, il y a ces cas où aucune cause n’est trouvée. Le calcul s’est formé, il récidive parfois, sans qu’on puisse expliquer pourquoi.
Surtout ne buvez pas pendant la crise !
Pendant la douleur aiguë, il est préférable de ne pas boire : cela augmente la pression dans les voies urinaires supérieures, et peut intensifier la souffrance. Avant tout, il faut agir sur la douleur.
Le recours aux anti-inflammatoires (en évitant l’aspirine, qui favorise les saignements), puis aux antispasmodiques, et enfin aux antalgiques, permet de reprendre le contrôle.
Une fois la douleur maîtrisée, le médecin proposera une analyse d’urine et un dosage de la créatinine pour évaluer la fonction rénale. Un bilan radiologique est souvent nécessaire : cliché de l’abdomen sans préparation pour localiser une lithiase, échographie pour vérifier s’il existe une dilatation des voies urinaires supérieures.
L’urographie intraveineuse, réservée aux personnes non allergiques à l’iode, permet de détecter des calculs invisibles à la radiographie, mais surtout d’évaluer la capacité d’excrétion des deux reins.
Une fois la douleur disparue, il devient nécessaire de boire abondamment afin de faciliter l’évacuation du calcul. Dans la majorité des cas, celui-ci est expulsé naturellement lors de la crise.
Quand l’expulsion ne se fait pas spontanément, la lithotripsie extracorporelle par ondes de choc (LEOC) s’impose souvent. Cette technique, inspirée de l’effet des ondes de choc franchissant le mur du son, permet de fragmenter le calcul pour qu’il puisse être éliminé naturellement, là où autrefois la chirurgie était incontournable.
Si le calcul est coincé dans l’uretère, il peut être retiré par urétéroscopie ou endoscopie. Les calculs d’acide urique, eux, sont dissous grâce à un régime qui alcalinise l’urine et exclut vins de Bourgogne, charcuteries, abats et crustacés, tout en privilégiant l’eau de Vichy.
Comment éliminer correctement ?
Quel que soit le facteur déclenchant de la colique néphrétique, il faut viser entre 2 et 3 litres de boisson par jour, quitte à fractionner l’apport sur 24 h, nuit comprise. C’est le moyen le plus efficace de prévenir la récidive et d’aider à éliminer tout résidu de calcul.
Mais il ne suffit pas de boire : il faut aussi s’assurer d’une diurèse suffisante, c’est-à-dire au moins 2 litres d’urine par 24 h. Une partie de l’eau ingérée peut s’évacuer par la transpiration ou les selles, surtout en cas de diarrhée, alors que les reins, eux, doivent continuer à filtrer les minéraux en excès.
Un équilibre alimentaire est recommandé. Paradoxe : trop de lait apporte un excès de calcium, mais l’absence totale de produits laitiers expose à un déficit en oxalate de calcium, élément pourtant nécessaire en petite quantité.
Mieux vaut bannir les excès : chocolat, thé, café. L’eau du robinet convient dans la plupart des cas, mais il arrive que le médecin recommande une eau minérale spécifique selon le profil du patient.
Opération rapide
La lithotripsie est une révolution : cette technique non invasive fragmente les calculs sans ouvrir le corps. Le patient est installé dans un lithotripteur, parfois immergé, parfois allongé sur un coussin adapté.
SERVICE UROLOGIE- CHU HASSAN II Une échographie ou une radiographie localise précisément la lithiase. L’angle d’émission des ondes de choc est calculé par ordinateur, tandis que le praticien choisit le nombre (entre 1 500 et 3 000) et la puissance des impacts. Tout cela dure moins d’une heure, sous anesthésie légère, souvent en ambulatoire.
Dis-moi comment tu as mal
L’intensité de la douleur n’est pas toujours synonyme de gravité. Tout dépend de la vitesse de formation du calcul et, surtout, du degré d’obstruction. Lorsque le calcul se développe lentement, il peut détruire un rein sans provoquer la moindre alerte.
La localisation de la douleur ne correspond pas toujours à la position du calcul, ce qui complique parfois le diagnostic et le repérage du caillou.
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