Aucun continent n’échappe à la répétition des couleurs nationales. Rouge, blanc et noir forment un ensemble adopté par plusieurs États, parfois sans lien géographique ni historique direct. Certains pays les affichent depuis leur naissance, d’autres les ont intégrées après des changements politiques majeurs.
La combinaison n’est pas le fruit du hasard ni d’une simple coïncidence esthétique ; elle correspond souvent à des héritages politiques, des révolutions ou des alliances anciennes. Les raisons de ces choix varient, mais le résultat demeure : ces couleurs traversent les frontières et les époques, portées par des symbolismes souvent méconnus.
Pourquoi tant de drapeaux arborent-ils le rouge, le blanc et le noir ? Origines et symboliques des couleurs
Si l’on retrouve si souvent le rouge, blanc et noir sur les drapeaux, ce n’est jamais un détail anodin. L’histoire a tissé autour de ces trois nuances un ensemble de références, d’épisodes marquants et de souvenirs de luttes. Ce triptyque règne en maître dans le monde arabe, emblème du panarabisme. Égypte, Yémen, Syrie, Irak, Palestine : chaque nation puise dans ces couleurs un langage chargé de messages, d’hommages et d’idéaux.
Le rouge porte le souvenir du sang versé, des sacrifices consentis dans les révolutions et les combats pour l’indépendance. Pour l’Égypte, chaque fibre rouge du drapeau rappelle la lutte contre le joug colonial. Le noir, lui, fait écho à la souffrance, aux pages douloureuses, à la fin des monarchies ou à la domination étrangère, à l’image de ce qu’ont traversé l’Égypte ou le Yémen. Enfin, le blanc se veut promesse de pureté, d’avenir apaisé, d’espérance sans violence.
Voici comment ces codes se traduisent dans les emblèmes nationaux :
- Égypte : rouge pour la révolution, noir pour tourner la page de la colonisation, blanc pour la lumière de demain.
- Syrie : chaque couleur rappelle une dynastie arabe : noir pour les Abbassides, blanc pour les Omeyyades, rouge pour les Hachémites.
- Yémen : noir pour les heures sombres, rouge pour la lutte, blanc pour l’espoir.
Ce trio ne se limite pas à la sphère arabe. La Belgique, par exemple, s’appuie sur le noir, le jaune et le rouge, hérités du duché de Brabant, tandis que l’Allemagne choisit noir, rouge et or pour cristalliser son unité et sa liberté retrouvées. Mais dans l’espace arabe, le schéma noir, blanc, rouge répond à une logique commune : celle née de la chute de l’empire ottoman et des grands élans panarabes du XXe siècle. Les couleurs deviennent alors des repères identitaires, des signaux chargés d’histoire, visibles à chaque coin de rue ou lors des manifestations populaires.
Quels pays affichent aujourd’hui un drapeau rouge, blanc et noir ? Panorama des nations concernées et de leurs histoires
Qui hisse aujourd’hui un drapeau rouge, blanc et noir sur ses édifices officiels ? Plusieurs pays, principalement au Moyen-Orient, se reconnaissent dans ce motif, souvent décliné en larges bandes horizontales. Il s’expose sur les places centrales, les écoles, les bâtiments gouvernementaux, comme un rappel constant du passé et des espoirs collectifs.
L’Égypte occupe ici une place à part : son drapeau, adopté en 1977 puis ajusté en 1984, affiche l’aigle de Saladin sur le fond tricolore. Chacune des couleurs raconte une étape de son histoire : le rouge pour la révolution, le blanc pour la paix rêvée, le noir pour la fin de l’ordre monarchique et colonial. Un symbole qui trône fièrement sur les façades du Caire et dans les rassemblements populaires.
Le Yémen suit le même agencement : trois bandes horizontales, rouge en haut, blanc au centre, noir en bas. Le rouge rappelle le prix payé pour l’indépendance, le blanc traduit l’aspiration à un futur meilleur, le noir renvoie aux épreuves traversées. Cette palette commune traduit, au-delà des différences locales, une volonté partagée de s’inscrire dans l’histoire du nationalisme arabe.
Le drapeau syrien s’en inspire aussi, mais ajoute deux étoiles vertes sur la bande blanche, clin d’œil à l’unité panarabe et aux grandes dynasties de la région. L’Irak opte pour la même trilogie, agrémentée de l’inscription « Allahu Akbar » en vert sur la bande blanche. La Palestine, enfin, place un triangle rouge à la hampe et superpose noir, blanc et vert en trois bandes, chaque teinte rattachée à l’histoire des califats et à la résistance face à l’occupation.
Voici les principaux pays concernés par ce code chromatique :
- Égypte : rouge, blanc, noir, aigle de Saladin
- Yémen : rouge, blanc, noir
- Syrie : rouge, blanc, noir, vert (étoiles)
- Irak : rouge, blanc, noir, vert (« Allahu Akbar »)
- Palestine : rouge, blanc, noir, vert (triangle et bandes)
Au fil des décennies, la combinaison noir, blanc, rouge s’est imposée comme le fil conducteur de ces républiques. Toutes ont connu des révolutions, des bouleversements, et chacune revendique aujourd’hui sa place dans la mosaïque du monde arabe. Leur drapeau flotte, porteur d’histoires entremêlées et d’un idéal qui ne cesse de se réinventer.


